JOE BONAMASSA
La venue du Bona par chez nous constitue en soi une sorte de mini-événement. Pour ma part, je ne l’avais pas revu depuis 2024 au Palais des Sports de la Porte de Versailles. Et en ce qui me concerne, un concert du Bona, ça ne se rate pas ! Un concert qui allait se tenir dans cette salle flambant neuve… enfin, pas si « nouvelle » que ça puisqu’elle a été inaugurée en 2017.
L’actualité du New-Yorkais s’avère, une nouvelle fois, très chargée. En effet, après avoir publié l’excellent album intitulé Breakthrough et un vibrant hommage à l’immense B.B. King via cet album B.B. King’s Blues Summit 100, que je ne possède pas… encore, notre ami s’apprête, en juin prochain, à s’acquitter d’un album live capté à Cork faisant la louange d’un autre grand, à savoir Rory Gallagher. The Spirit Of Rory, que ça s’appelle, et j’avoue être impatient au vu de ce que j’en ai entendu.
20 heures pétantes
20 heures pétantes, les lumières s’éteignent. Joe et son groupe font leur apparition sur le sublime Breakthrough, bonifié par le son parfait qui résonne dans cette salle, comparé à celui, affreux, qui règne à la Défense Arena.
Au fait, il convient de préciser qu’il n’y a pas de première partie. Pas plus mal quand on sait que la plupart des premières parties sont soit ennuyeuses, soit n’ont rien à voir musicalement avec la tête d’affiche.
Un nouveau visage aux claviers
Au sein du groupe, un changement d’importance s’est opéré à la suite du départ du très renommé claviériste Reese Wynans. En effet, l’âge avançant, ce dernier a préféré céder son siège d’organiste à l’expérimenté Lachy Doley, musicien de nationalité australienne.
Expérimenté, il l’est, car avant le Bona, il s’est illustré, entre autres, aux côtés de deux figures emblématiques : Jimmy Barnes et Glenn Hughes.
Feeling et virtuosité
Sous des lumières vraiment magnifiques, Bona et sa tribu enchaînent directement sur l’efficace Trigger Finger, toujours extrait de Breakthrough, pour ensuite se concentrer sur deux reprises qui figurent sur Blues Vol. 2. La première étant Twenty-Four Hour Blues de Bobby “Blue” Bland, la seconde Well, I Done Got Over It de Guitar Slim, cette dernière permettant au natif d’Utica de faire état d’une dextérité déconcertante.
Bona, contrairement à certains autres six-cordistes — qui font dans l’esbroufe du « shred » —, possède ce talent indéniable pour faire passer une émotion ô combien palpable à son auditoire. Sa voix et ses solos gorgés de feeling y contribuent très largement.
Alors que Joe est emporté par le son de sa Les Paul, les deux choristes Jade McRae et Danielle DeAndrea, arborant un large sourire, n’ont de cesse, quant à elles, d’effectuer une chorégraphie parfaitement synchronisée. Un véritable show à elles deux.
De Dust Bowl à Breakthrough
Retour ensuite sur l’un des albums qui a permis au grand Joe d’asseoir sa renommée, à savoir Dust Bowl (2011), duquel il extrait avec classe le très beau Happier Times, suivi dans la foulée, actualité oblige, de cet autre titre de Breakthrough, le bien nommé Drive by the Exit Sign.
The Last Matador Of Bayonne, qui, sur la tournée précédente, avait d’abord fait l’objet d’une version symphonique avant d’être immortalisé sur le double live intitulé Live At The Hollywood Bowl, est rappelé à notre bon souvenir dans une MAGNIFIQUE version, belle à pleurer — je sais, je suis un grand sensible… lol —, agrémentée pour l’occasion de petites improvisations fort bienvenues.
On le sait tous, ce type, c’est un faiseur de « Bona… venture »…
Lachy Doley se lâche
Arrive Pack It Up de Freddie King, extrait cette fois-ci du premier volume de Blues Deluxe. Autant vous le dire tout de suite : ce fut pour moi l’un des grands moments de ce concert.
Comment vous expliquer cela ? Le claviériste Lachy Doley s’empare d’un long solo de façon frénétique, allant même jusqu’à sautiller comme un gamin de cinq ans, et ce sous l’œil amusé de ses comparses, qui se demandent quand cela va finir.
Se couvrant de gloire pendant de longues minutes, Lachy se voit contraint, avec regret sans doute, de céder sa place, sous une ovation nourrie, à Lemar Carter, qui n’en demandait pas tant et attendait avec impatience — le rêvant même — l’instant fatidique pour maltraiter son kit de batterie. Ce qu’il fait assurément avec brio et virtuosité.
Reprises et hommages
Delaney & Bonnie, duo dont fit partie, à un moment donné, Eric Clapton après le projet Blind Faith, qui n’avait pas comblé toutes ses attentes, se voit honoré par un Bonamassa qui reprend le très connu Well, Well en y ajoutant sa petite touche personnelle. Mais, pour ce qui concerne cet aspect des choses, nous y sommes habitués, et ce depuis longtemps.
L’ambiance s’emballe au sein du public, notamment sur le tonitruant I Want to Shout About It de Ronnie Earl and the Broadcasters — un groupe créé en 1984 —, dans une version que l’on qualifiera d’enthousiasmante et captivante.
Enthousiasmante et captivante grâce aussi à la prestation de Jade et Danielle, qui réalisent de véritables prouesses vocales ! Quel talent, Mesdames !
Action Joe
Un set « d’Action Joe » est composé à 50 % de reprises, souvent remodelées. C’est donc tout naturellement qu’il clôt le set sur un excellent It’s Hard But It’s Fair du trop sous-estimé Bobby Parker, créateur du hit Watch Your Step, puis sur l’un des morceaux les plus emblématiques de Rory Gallagher, à savoir A Million Miles Away. Stratégique, le bonhomme, par rapport à ce qui a été énoncé plus haut.
Mountain Time pour finir
Ne quittant la scène que quelques minutes, le voici revenir pour un Mountain Time des plus réussis, porté par la voix de velours et la virtuosité du Bona.
De quoi conclure un concert de haute volée à tous les niveaux : un groupe solide, un son parfait et une set-list imparable — dont on aurait peut-être voulu qu’elle soit davantage axée sur ce magnifique opus qu’est Breakthrough.
Des paramètres qui ont, de toute évidence, contribué à la réussite de cette soirée et, surtout, à tout seigneur, tout honneur, un Bonamassa qui, une nouvelle fois, a conquis le public parisien pendant deux bonnes heures, pas une minute de plus. 20 h pétantes, ça commençait ; 22 h pétantes, ça s’est terminé. C’est carré, c’est du Bonamassa tout craché. Maintenant, c’est dodo. À la prochaine, Joe.
