Road to Jacksonville · Chronique album · 2026
Calibre 12 — Let It Slide
Quatre ans après It is what it is, les Tourangeaux de Calibre 12 reviennent avec neuf titres généreux, des guitares omniprésentes et des compositions aussi intelligentes qu’efficaces.
Quatre ans déjà depuis le dernier opus du groupe tourangeau (It is what it is), qui marquait l’entrée en lice de Chris Finck au chant principal et à la guitare, et voilà que nous arrive ce qui semble être leur sixième album studio. Autant dire qu’après la réussite musicale du précédent album, nous attendions avec impatience à la rédaction de RTJ cette nouvelle production du groupe, enregistrée au studio TRAM 28 de Fabien Tessier, que l’on retrouve à assurer les claviers de l’album. Soyons clairs : les fidèles du groupe ne seront pas déçus, loin de là. Neuf titres, c’est peut-être un de moins que sur It is what it is, mais c’est du bien rempli qui, comme le disait le regretté Jacques Dersigny, ravira vos cages à miel.
Riffs, solos et efficacité
Si on se plonge plus en détail dans le cœur de cet album, ça commence fort avec « I belong to you » : gros riff sur lequel s’appuie déjà un bon solo en intro. Si on veut de la guitare, on en a ! Cela n’empêche pas de remarquer un orgue se mariant bien avec la compo, ou le pont renforcé par des chœurs mais les guitares sont là et bien là, et ce sera une constante sur cet album, avec encore un solo après le premier refrain, puis un double solo avant un nouveau refrain et le solo final. Ouf ! Nous n’allons certainement pas nous plaindre d’un menu copieux quand il nous réjouit autant.
« Rock’n’ Roll Mystery » qui prend la suite se base au départ sur un riff très bluesy sur lequel vient se greffer la deuxième guitare, avec une subtilité rythmique qui brise le côté très binaire qui aurait pu dominer. Et là nous ne pouvons que nous incliner devant une composition à la construction assez complexe, mais très intelligente qui ne perd jamais de vue l’efficacité : du grand art. Notons au passage cet excellent break et passage hors tempo conduisant à un solo de wah-wah, avant que tout ne se remette en place. Voilà de l’excellent travail !
« Rock’n’Roll Abuser (a John’s Riff) » l’annonce dès le titre : le groupe est parti d’une idée de son défunt et regretté leader, un riff acéré pour l’occasion. Les guitares mènent la sarabande derrière le chant de Chris, la rythmique montre sa maîtrise en passant de chaloupée à plus insistante et binaire. Cette composition complexe et bien articulée amène bien du plaisir à l’écoute, avec ses chœurs féminins bien posés et efficaces, son premier solo bien mené et original comportant un passage harmonisé. Il se termine en agréable galopade de guitare, on est bien dans l’esprit.
Sur « Ain’t no More », le groupe a eu la bonne idée d’inviter un ami de longue date, José Larraceleta. Ce boogie sur tempo relativement modéré, mais qui balance bien, repose sur une construction au départ classique, mais qui dérive sur des harmonies plus originales, et permet à l’invité de briller avant que Jean-Marie ne prenne le relais avec un joli solo de slide. Le groupe ne fait pas joujou, ça pousse dur, et ce titre devrait avoir un fort impact sur scène.
Des racines sudistes bien vivantes
Avec « Love You til I Die », nous abordons les quelques morceaux où, avec quelquefois un peu de malice, le groupe cite quelques-unes de ses plus évidentes influences. Sur un tempo soutenu qui met en évidence l’impact vocal, arrive un solo skynyrdien, clin d’œil très net à « Gimme Three Steps », suivi d’un deuxième solo de facture plus classique, moins « urgent » et moins honky-tonk. On peut mesurer la variété des interventions que procure la vaste palette dont disposent les guitaristes. Pour dynamiser encore le morceau, un changement de tonalité introduit la coda.
Les hommages plus ou moins nets aux racines du groupe se retrouvent sur le titre suivant, sobrement nommé « Rusty ». On sait les liens très amicaux que cultivaient John Molet et Jean-Marie Coron avec les Texans de Point Blank, pour qui ils ont eu la joie de faire une première partie le 16 juillet 2011 au château de Goncourt. 15 ans après, Jean-Marie et ses complices ont ici pu honorer Rusty Burns, le très respecté leader du gang, dans une ambiance « hard blues » qui rappelle certains aspects de l’univers Point Blank. Sur un tempo modéré, s’installe un riff à deux guitares, soutenu par un gros son de basse, bien lourd. La slide rôde pendant les couplets, se mariant à merveille avec l’orgue. On note une jolie descente de basse pour terminer le premier refrain et un gros break qui permet à la partie de slide de Jean-Marie de s’étirer langoureusement sur le fond en wah-wah de Chris, puis ça s’emballe quelques secondes avant retour au riff… Bel hommage !
C’est plus dans l’esprit des paroles, rappelant la philosophie de Ronnie Van Zant, que « Simple Life » se rapproche à nouveau de Lynyrd Skynyrd. Le titre démarre en boogie sudiste classique avec de bonnes progressions d’accords. Les chœurs présents sonnent bien sudistes dans la forme. L’ensemble constitue au final un très bon morceau, très plaisant pour nos tympans, et qui donne envie de battre du pied : le solo accrocheur bien dans l’esprit lui aussi, se terminant à deux, avant un break très rythmé bien à la manière de Chris soutenu par le piano, tout comme le solo final typique soutenu par les « ouh ouh » des chœurs. Vraiment sympa ! On comprend son choix comme premier extrait de l’album.
La mélodie et la slide pour finir
« Kiss Today Good Bye » illustre une autre influence majeure du groupe. Le riff de départ, un peu FM, ne peut nier une construction s’inspirant de morceaux de 38 Special, mais passée à la moulinette Calibre 12. Avec sa basse bien présente et très dynamique, son refrain accrocheur, le groupe bâtit là une vraie réussite mélodique, que ne gâche absolument pas un excellent solo guitare, ni le break bien construit qui introduit le deuxième solo, tout aussi excellent.
Enfin « Let It Slide », presque laid-back, avec son intro acoustique, nous emmène dans une atmosphère plus ABB, où en effet la slide est reine dès l’intro, en accord avec le double sens lié aux paroles. Cela n’empêche pas de profiter au milieu du morceau d’un joli solo aux doigts, mais comment oublier le magnifique solo de slide, si mélodique, qui s’envole pour conclure à la fois morceau et album ?
Les neuf titres
- I belong to you
- Rock’n’ Roll Mystery
- Love You til I Die
- Rusty
- Simple Life
- Kiss Today Good Bye
- Rock’n’Roll Abuser (a John’s Riff)
- Ain’t no More (feat. José Larraceleta)
- Let It Slide
Musiciens
Calibre 12
Christophe Finck — chant principal, guitares
Jean-Marie Coron — guitare, slide, chant, mandoline
Laurent Montero — basse (01, 02, 04, 05, 06, 07, 08, 09)
Benoît Bigand — basse (03)
Jean-Luc Gauthier — batterie, chant
Musiciens additionnels
Fabien Tessier — claviers
José Larraceleta — guitare solo (08)
Chœurs
Thibaut Bernier, Pierre Pereira, Sylvain Giraud
Cécile Tessier, Gwenola Le Sager Boscher (07)
